Deuxième extrait de ma vie .
8 Novembre 1998." - Ilias ! Je t'en conjure...
- Maman, s'il te plaît.
- Mais... Fais-les ! C'est pour toi, pour nous ! supplie t-elle.- C'est un peu égoïste de ta part. Tu connais mon point de vue la-dessus. Je ne veux aucune greffe, aucune chimio, rien. Je veux découvrir le monde, notre monde. C'est tout.
- Mais-..
- ..-Il n'y a pas de mais, tranchais-je aussitôt. "Ma mère se tait, désorientée par mon ton froid. Je la prend dans mes bras et hume discrètement son odeur de vanille que j'ai toujours aimé. Prenant une voix plus calme, je lui explique une énième fois mon souhait.
" - La mort fait partie de nous, c'est un fait et tu le sais. Laisses moi au moins réaliser mon rêve. Je ne veux pas mourir enfermé dans une chambre d'hôpital accroché à toute sortes de fils tous plus bizarres les uns que les autres. Je veux voyager, découvrir, apprendre. En aucun cas je ne deviendrais un animal en cage drogué par toutes sortes de médicament. "Elle hôche sa tête en signe de consentement. Je soupire de soulagement, content qu'elle m'est enfin comprise. Mes bagages sont à mes pieds, le taxi dehors. Et le sourire collé à mon visage.
Une main se pose sur mon épaule. Je la reconnais comme étant celle de mon père. Relachant ma mère, je me poste face à lui.
" - Tu es un bon garçon, je suis sur que tu ne fera rien d'insolent. Prend soin de toi Ilias et émerveilles-toi.
- C'est ce que je compte faire.
- Mais si jamais tu te sens mal, reviens ! , ne peut s'empêcher de s'exclamer ma mère.- Je n'irais évidemment pas bien à un moment ou un autre, je n'ai pas de contrôle sur mon corps, malheureusement. Mais je resterais là où je serais, lui souris-je. "Ses larmes me fendent le coeur mais je n'y peux rien. Ca guérira, avec le temps. Je ne serais qu'un bon souvenir, et il raconteront à leurs petits-enfants mes exploits en riant et souriant, non en pleurant. J'en suis certain.
Après un dernier baiser sur chacunes de leurs joues, je fais demi-tour et me dirige vers la porte où m'attends impatiemment mon futur. Malya n'a pas voulu me dire au revoir. Feignant d'être en colère. Quelle tête de mule. Mais j'ai eu l'occasion de la réconforter hier soir, je suis sur que ça ira pour elle. C'est une grande fille, elle saura se débrouiller.
Je monte dans le taxi et indique le lieu au chauffeur. Il démarre sans tarder. Je fixe la vieille maison en brique, assez nostalgique tout de même. Mon enfance est ancrée là-dedans. A l'étage, je vois le rideau blanc bouger légèrement. Mon sourire s'étale encore plus. C'est sur, ils vont me manquer.
Le long trajet se passe sans incident. Je n'ai échangé tout au plus que trois mots avec l'homme au volant. Il n'a pas l'air bavard, et je ne le suis pas non plus. A la bonheur !
La voiture grise s'arrête devant l'aéroport de Roissy. Je sors, donne quelques billets à mon conducteur en le remerciant. Il me tend mes deux valises que j'attrape aisément et j'entre dans le Hall du bâtiment.
Un brouhaha intense frappe de plein fouet mes tympans. Je ne déteste pas particulièrement le bruit, mais c'est si brusque que j'en vacillerais presque. J'inspire cette odeur de vie avant d'avancer vers une des longues queues présentes devant les hôtesses d'accueil.
Après avoir attraper mon billet, j'attends patiemment assis sur un de ses fauteuils en plastique sombre. Un magazine me nargue, posé sur la chaise d'à côté. Je l'ignore royalement et me plonge dans mes pensées.
Il y a plus ou moins une semaine, j'ai découvert que j'avais un cancer. Incurable qui plus est, quelle chance. D'après mes souvenirs, ils ont appelés ça le Myélome Multiple. Encore un nom compliqué. Je ne sais pas d'où ils trouvent cette imagination, mais ils doivent bien chercher. En gros, c'est un truc dans la moelle osseuse qui se met à voyager dans mon sang alors qu'il ne devrait pas. J'ai oublié les noms de ces "trucs" et de toute façon, ça m'est égal.
Normalement, ça arrive aux environs de 40 ans. J'en ai 20, donc il y a un bug. Mon corps doit certainement être une sorte de machine au fonctionnement incertain possédant d'énormes anomalies. Je suis dysfonctionné
[1] de partout, je l'ai toujours su.
Déjà quand je jouais au policier, enfant, je me faisais toujours mal. A peine mon épaule effleurait un mur que je criais à l'agonie tellement la douleur était intenable. Après mainte et mainte radios, ils n'ont jamais rien trouvés. En grandissant, je devenais faible. Quoique, je l'étais déjà. Tout les mois je restais cloué au lit pendant une semaine, un thermomètre dans le bec et un gant humide sur mon front. Pour un gosse de dix ans, ce n'est pas agréable.
De ce fait j'avais peu d'amis et mes études en ont pâtis aussi. Je ne pouvais même plus pratiquer de sport à cause de ces douleurs au dos incessantes. Et les médecins ne savaient toujours pas ce qui clochait. Certains se doutaient que ce soit ce cancer au nom bizarre là, mais un enfant ne peut pas avoir la maladie d'un homme quadrégénaire. Impossible, voyons.
Puis, à mon entrée au lycée tout s'est calmé. Je ne tombais plus malade, les douleurs ont lachés la grappe de mon dos et je pouvais me fracasser contre un mur sans avoir mal. Enfin si, mais trois fois rien comparé à avant.
Mes notes ont donc regrimpées en flèche et me voilà maintenant en possession du Diplôme de traducteur. J'ai tellement bossé que j'ai un peu grillé les étapes. Une vraie passion les langues étrangères, voire les langues tout court.
" - Les passagers pour le Kenya sont priés de se rendre au couloir d'embarquement n°08. "
Voilà enfin mon avion. Je me relève, jette un regard dédaigneux au magazine qui n'a pas bougé et repars fièrement, bagages en main.
~
[1] Non, non. Ca n'existe pas... *sort* ~
Merci pour vos commentaires, vraiment. Beez' !